L’historien contre la peur.

Lucien Febvre Face à l’Histoire, Pur, 2019.

L’histoire n’est pas une nostalgie ! Elle n’est pas non plus une discipline ou une science reliquaire qui appartiendrait à quelques fidèles jaloux de leur bien. Non ! Lucien Febvre s’est battu pour que l’histoire ; cet « instant » posé entre le passé et le présent, devienne une véritable manière de vivre. Cet « instant histoire » est tout autant éloigné de la superficialité que de la pure scienticité car elle est construite par des historiens, des sortes de « démiurges ». Elle se doit de prévenir des angoisses, des peurs en offrant un passé : socle solide pour construire un avenir qui nous appartient !

L’histoire humaine de Lucien Febvre creuse un sillon qui prend ses distances avec l’histoire positiviste -de manière très critique- et avec les concepts, les déterminismes. L’histoire doit permettre de comprendre et pour cela elle complexifie en restituant tous les nœuds d’une vie ! Pourtant Febvre ne veut pas écrire l’histoire d’un homme qu’il fût scientifique, philosophe, militaire ou politique. Son souhait est, par le biais d’un Rabelais ou d’un Luther, de dérouler les lignes, les sentiers, les crevasses, les fronts d’une époque dans ses aspects intellectuels et sociaux. Il faut même relier, dit-il, ce temps avec celui plus général d’une histoire plus longue. Cette histoire là relie un Rabelais, un Luther à une humanité riche et profonde. 

Le fondement que pose ici l’historien, comme il s’en ouvre à Henri Berr, en 1923, c’est l’histoire problème. Une histoire problème qui passe par l’histoire des … De quoi ? Car Febvre, lui-même, peine à cerner exactement le sujet : histoire intellectuelle, des mentalités, des sentiments, des sensibilités…Hésitation, tâtonnement ? Oui puisque son souci profond est toujours le même : comment faire revivre ces hommes, leur donner vie sans rien abâtardir de leur existence ! Le « but suprême » qu’il se fixe, dans « Vivre l’histoire », est bien de restituer ces hommes dans leur intimité en convoquant l’érudition la plus aiguë et l’imagination la plus puissante ! Il veut éviter le pire des pièges pour l’historien. Cet anachronisme qui se cache dans les espaces les plus diffus et que les concepts croient analyser. Quel sens y a-t-il à faire de Rabelais un libre-penseur ?

D’ailleurs, ce livre nous rappelle que Febvre, lui-même, est victime de ce même anachronisme, de cette simplification dangereuse. Commise par des historiens chevronnés, cette faute se révèle d’autant plus dangereuse. Surtout quand elle fait de Febvre un pétainiste ! Un « presque absent » des Annales ! Ce livre des Pur nous entraine dans une autre vie, celle d’un homme et d’un historien restitué dans toute sa force, traversée par l’Histoire et son histoire, mue par la fascination d’un Erasme ou d’un Luther, nourrie de ses compagnonnages de jeunesse et habité par une France qu’il aime, celle de Michelet et d’autres, qui, sans doute, parfois, le rendit plus difficile à recevoir dans d’autres pays.

Febvre, l’homme et l’historien, ne peut se comprendre sans complexifier et c’est à cela que nous invite ce nouveau livre qui vient apporter une heureuse pierre à ces nouvelles recherches historiographiques.

Alors, voilà pour vous un livre à saisir pour lire ou relire Febvre, certes, autrement, mais surtout avec plaisir et même avec plus de plaisir !

Dir. Marie Barral-Barron et P. Joutard, Lucien Febvre Face à l’Histoire, Pur, 414p, 2019

Catégories :

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s