De la théâtralité en politique ; des anciens aux modernes, un enjeu pour nos démocraties. Retour sur un de nos précieux livres.

Le théâtre d’Orange ville romaine © Jean Claude Golvin – extrait de « l’Antiquité retrouvée » éditions Errances 2005

A l’assemblée comme au théâtre

On s’amuse au théâtre de Dionysos au V et IV e siècle : on jette ses noyaux d’olives, ses détritus de casse-croutes car on passe la journée au théâtre. Ce lieu est désormais celui-ci du dialogue avec les citoyens. N’en déplaise à Platon, les auteurs de théâtre ont compris qu’ils devaient discuter avec le public. Parfois en l’interpellant directement, parfois en utilisant le chœur ou les acteurs.

Platon déplore donc ce nouveau droit que s’arroge tout à chacun dans le domaine de l’esthétique. Le vacarme, le brouhaha envahit la démocratie et même les tribunaux pense t-il ? Thucydide avant, Aristophane après se font aussi les témoins de cette » théatrocratie » qui révèle l’indissociable lien, si peu étudié, entre théâtre et politique. Aristophane le dépeint dans sa pièce Les cavaliers » dans laquelle il personnifie le peuple.

Bien sûr l’influence du théâtre sur la politique a bien été montré en commençant par les travaux de Pierre-Vidal Naquet ou Jean-Pierre Vernant. Mais se pose la question de la théâtralité comme un réalité constitutive de la politique. Plusieurs anthropologues ou ethnologue s’y sont récemment penchés pour en découvrir l’essence et les aspects heuristiques même en Zambie ou, en Ethiopie, où Marc Abélès, dans le « Spectacle du pouvoir », révèle qu’il s’agit d’une condition fondamentale de la démocratie.

Ce colloque, regroupant, plusieurs disciplines, s’interroge sur ce nouveau champ. Dans l’Athènes démocratique, les articles se penchent sur la question de la scène politique. Aristophane avait-il raison, dans les cavaliers, de décrire la démocratie spectacle comme une extension naturelle du théâtre.

Plus tard, le théâtre sert toujours d’argument anti-démocratique dans l’historiographie qui pourfend l’ère des démagogues. Mais paradoxalement la rhétorique lui donne une place non négligeable. Cicéron et Quintilien fixe un usage nécessaire mais encadré de cette pratique à Rome. Que devient cette théâtralité quand la démocratie athénienne est reprise plus tard comme modèle.

Finalement que devient cette tension entre participation dialogique du peuple et théâtre qui sert de fondement au topos de la « politique-spectacle ». Il faut s’interroger sur d’autres temps, d’autres lieux qui n’ont pas puisé leurs références chez les athéniens. Autrement le spectacle politique produit-il nécessairement de la politique spectacle ou s’il s’oppose au débat citoyen. Quelle place pour le spectaculaire dans les différents lieux de participations politique ? Quelle tenions existe-t-il entre le spectacle comme mode de représentation et l’avènement actuel d’un impératif délibératif, quid de la démocratie délibérative et de son institutionnalisation pour accroitre la participation des citoyens.

Ces enjeux, des futurs élections américaines à la crise des jaunes en France en passant Podemos en Espagne, sont au cœur de notre actualité et de notre avenir. De la place et du bon usage de cette théâtralité dépendra la force de nos démocraties à évoluer au mieux entre liberté individuelles et enjeux collectifs.

« les cavaliers » d’Aristophane

Retrouvez notre livre ici : http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=4638

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