Algérie histoire mémoire : une difficile harmonie?

Un point historiographique : le conflit des mémoires

La mémoire de la guerre d’Algérie va faire surgir le « débat colonial » en France. On peut considérer que trois mémoires s’opposent au sujet de cette « guerre sans nom » dont parle Benjamin Stora. Bien sûr, il y a cette mémoire du silence et de l’aveuglement qui caractérisent la France officielle pendant longtemps (la « guerre d’Algérie » n’étant reconnue par le gouvernement français qu’en juin 1999) . En face, selon Manceron et Remaoun (D’une rive à l’autre. La guerre d’Algérie de la mémoire à l’histoire, Syros, 1993), la mémoire est instrumentalisée et consfisquée du côté officiel algérien pour légitimer le régime. Entre les deux, la mémoire douloureuse de la population des pieds-noirs, de l’immigration algérienne et des harkis.

La période d’occultation atteint sans doute son paroxysme sous de Gaulle. Le retour de la mémoire est ensuite suivi d’une hypermnésie, selon Henry Rousso, comme pour Vichy. La pratique de la torture illustre bien cette question. Portée notamment par des historiens comme Pierre-Vidal Naquet, dès 1958 avec L’Affaire Audin, elle est devenue centrale dans les années 2000. Mais très vite le débat s’est individualisé, autour de personnages comme le général Aussaresses par exemple, et sclérosé autour d’affrontements partisans datant de la guerre d’Algérie.

Bien sûr le sursaut passe par la parole des témoins, des prises de parole publiques, des revendications d’indemnisation, de l’exigence de reconnaissance. C’est ainsi que les prises de parole des présidents Chirac, Hollande ou Macron font avancer les choses. Toutefois, on ne parvient pas à se mettre d’accord sur une date de commémoration.

Le travail d’historisation appelé de ses voeux par Benjamin Stora se fait péniblement. Des historiens s’y attellent vraiment comme Guy Pervillé, Benjamin Stora, bien sûr, ou Mohammed Harbi, Gilbert Meynier et Raphaëlle Branche.

Sylvie Thénault propose notamment de sortir d’une lecture française de la chronologie en proposant de centrer l’histoire sur la guerre et non plus sur la métropole. Ainsi c’est 1957 qui devient la date-coupure et non plus 1958! Des colloques comme celui organisé par l’ENS en 2006 participent de ce travail d’historisation. Il est certain que Benjamin Stora, avec ce rapport, va plus loin encore avec justesse et pertinence.

Algérie histoire mémoire : le magazine l’Histoire propose une belle interview de Benjamin Stora

Algérie histoire et mémoire trois termes que Benjamin Stora décline avec justesse. L’historien a remis mercredi 20 janvier 2021 au président Emmanuel Macron le rapport qui lui avait été commandé sur « les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie ». Il explique ici comment il a travaillé. Lire la suite

Voici donc le rapport de Benjamin Stora qui ouvre des pistes sérieuses et apaisantes!

Voici une présentation de plusieurs de nos livres

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