Zola, 1871. Second épisode

« plus de pessimisme (…), ne pas conclure à la bêtise et à la mélancolie de la vie, conclure au contraire à son continuel labeur, à la puissance, à la gaieté de son enfantement » Zola, ébauche de « Au Bonheur des Dames », 1883.

Zola, 1871. Ce second épisode propose un Zola dans son temps. le défenseur est, pour beaucoup d’entre nous, celui qui reste gravé dans nos mémoires. Zola est l’homme du « J’accuse » avant toute chose. Ce faisant, ce justicier éclipse le combattant de toujours. Émilie Piton-Foucault nous le restitue. Voici donc cet autre Zola!

Émilie Piton-Foucault nous présente son Zola : homme d’action, écrivain, avant-gardiste…

Entretien avec Émilie Piton-Foucault

Les PUR et Zola

Les PUR ont édité plusieurs livres sur l’écrivain dont la remarquable thèse d’ Émilie Piton-Foucault . Vous trouverez ici une palette de ses ouvrages.

À rebours du leitmotiv de la critique zolienne, attachée au motif emblématique de la fenêtre ouverte sur le monde, ce livre dévoile les failles, les dysfonctionnements, les obstacles qui rendent interdite et impossible, dans Les Rougon-Macquart, une représentation transparente et exacte du « naturel ».  Lire plus

Zola, le défenseur

Plus ambitieux que les œuvres précédentes de Zola, par la nature et les dimensions de son intrigue, de son cadre et de son personnel romanesque, La Fortune des Rougon change également de manière dans son traitement de la composition et de l’écriture. Lire plus

Et encore

Zola, le défenseur

Cet ouvrage a pour objectif de dresser un bilan de l’état de la recherche sur la correspondance de Zola, et d’ouvrir de nouvelles perspectives de lecture et d’interprétation, à un moment où les lettres écrites par Zola à Jeanne Rozerot et à Alexandrine Zola sont publiées. Lire plus

Zola, le défenseur de Dreyfus seulement?

Zola et l’empereur

Émile Zola nait en 1840, en plein moment de la monarchie libérale, sous la royauté de Louis-Philippe, mais il grandit sous le second Empire. C’est donc face à ce régime qu’il fait « ses premières armes d’écrivain ». Une de ses fiches préparatoires du roman Son Excellence Eugène Rougon précise de l’empereur qu’il était « l’énigme, le sphinx ». Il continue et note « Moyenne des intelligences de son temps : cause de son succès. Héritier naïf d’une légende, il ne l’a pas troublée par une invidividualité. » Il ajoutera même « il est la constance dans l’hésitation » et « obstiné dans son but ».

Ce regard assez méprisant de Zola se poursuit quand il analyse le désir de Napoléon de venir à bout de la misère. Il parle alors de son « humanitairerie ». Dans le même temps, Zola dénonce le favoritisme et le népotisme des ministres. Sa plume le dévoile notamment dans Son Excellence Eugène Rougon ou dans la Curée.

Zola pour le peuple et les arts

En 1863 et 1867, les sociétés anonymes bénéficient notamment de plus grandes facilités favorisant l’affairisme. L’auteur de la Curée et de L’Argent ne se gêne pas pour le dénoncer. Cela, explique quil mette en scène banquiers et autres spéculateurs. Haussman d’ailleurs représente un peu l’archétype de cette collusion de l’argent et du pouvoir. En conséquence, celui qui a transformé la capitale fournit le décor idéal à Zola dans Le ventre de Paris pour décrire ces bouleversements titanesques et tentaculaires. On découvre ainsi Florent qui « regardait les grandes Halles sortir de l’ombre, sortir du rêve, où il les avait vues, allongeant à l’infini leurs palais à jour. Elles se solidifiaient, d’un gris verdâtre, plus géantes encore (…) elles apparurent comme une machine moderne, hors de toute mesure, quelque machine à vapeur, quelque chaudière destinée à la digestion d’un peuple, gigantesque ventre de métal (…) »

On voit ici le Zola proche du peuple, critique des élites établies. On le retrouve aussi dans sa défense d’Edouard Manet lors de l’exposition de son tableau Le Déjeuner sur l’herbe (1862-63) au salon de Paris. En effet, Zola fustige alors ceux qui se scandalisent. A l’inverse, il souligne « cet ensemble vaste, plein d’air, ce coin de la nature rendu avec une simplicité si juste (…) »2. Il devient le porte-parole du renouveau de la peinture. D’ailleurs, Zola aime l’art et la peinture surtout ! Il déclare, notamment, que le Bal du Moulin de la Galette (1876) est « une grande toile d’une intensité de vie extraordinaire »5.

Au contraire, il n’a de cesse de fustiger le style de l’Opéra de Charles Garnier. Pour finir, il qualifie même le style du second Empire de « bâtard opulent de tous les styles ».

Zola face à la Commune et l’armée

Porte-parole, il le devient encore pour les événements tragiques de La guerre contre Paris, 18714 en témoignant dans Le Sémaphore de Marseille. Il y décrit alors la violence inouïe de la répression : « La tuerie a été atroce. Nos soldats […] ont promené dans les rues une implacable justice. […] Paris depuis six jours n’est qu’un vaste cimetière. Tout homme pris les armes à la main a été fusillé. Enfin, il termine :  » les cadavres sont restés semés de la sorte un peu partout, jetés dans les coins, se décomposant avec une rapidité étonnante, due sans doute à l’état d’ivresse dans lequel ces hommes ont été frappés. Paris depuis six jours n’est qu’un vaste cimetière… »

Finalement le bilan est effectivemet lourd car on estime aujourd’hui à 10 000 morts les pertes de la Commune contre 900 morts du côté de l’armée versaillaise.

Conclusion :

Pour conclure sur l’usage de Zola de la part des historiens, Alain Corbin écrivait : « Lorsqu’Émile Zola écrit Nana, il compose d’abord une oeuvre d’art ; il exprime ses fantasmes ; le naturalisme revendiqué relève plus des tactiques d’illusion du vrai que de la peinture de la réalité. »3 Sans être un historien, Zola nous dit beaucoup de son époque !

Notes

2. Emile Zola, Edouard Manet, 1867.

3. Alain Corbin, Histoire du sensible.

4. Titre du livre l’historien anglais Robert Tombs

5. Notes parisiennes, 19 avril 1877.

Sources

Vincent Duclert, La république imaginée, 1870-1914, Belin, 2010, 850p.

Alain Plessis, De la fête impériale au murs des fédérés, 182-1871, Points, Seuil, 1973, 254p.

André Encrevé, Le XIXe siècle, Puf,

Laisser un commentaire